Roman/Les Bateaux sur la terrasse
Comment pardonner à ceux qui nous aimés de travers ? « Ces mots, je les garde en moi depuis plus de vingt ans. Ils ont eu le temps de devenir acides. Ils n'auraient pas dû sortir en une logorrhée, j'aurais dû articuler ma pensée, mais trop tard, c'est fait. Alors elle pleure. Et je ne suis pas touché. » Sous un soleil de juin, un fils observe la Méditerranée, tandis que les bateaux filent au loin. À ses côtés se tient sa mère, contrariée. Pour lui, le temps est venu de tout dire. Et d'affronter ses fantômes : l'enfant harcelé qu'il a été, sa mère célibataire qu'il juge indifférente à son sort, sa grand-mère figée dans le deuil, son oncle dont la mort plane encore... Là, face à la mer, le passé remonte à la surface. Comment pardonner à ceux qui nous ont aimés de travers ? Avec une écriture forte et évocatrice, qui ne cesse de surprendre, Jessé Rémond Lacroix explore le pardon comme un choix, et la tendresse comme rédemption. Un roman pudique, sincère et émouvant.
Les Bateaux sur la terrasse, de Jessé Rémond Lacroix, Ed. Robert Laffont, 304 pages, 19,90€.
Essai/Homonationalisme : contre la normalisation lgbt
Depuis le 11 septembre 2001, l'idéologie du « choc des civilisations » n'a cessé de se mêler à celle d'un « choc des sexualités ». Il y aurait d'un côté le monde occidental, tolérant et libéral, de l'autre le monde musulman, sexiste et homophobe. Une part non négligeable du mouvement gay états-unien, en quête d'intégration et de respectabilité, s'est ainsi engagée sur la voie d'une normalisation « homonationaliste » et soutient les guerres « contre le terrorisme ». Parallèlement, la réception américaine des images des tortures commises en Irak par l'armée américaine a mis en évidence les difficultés du féminisme et de la pensée queer à penser les questions de race et d'impérialisme. C'est à l'analyse de cette intrication complexe entre politique des sexualités et projets impérialistes occidentaux, qui fait pendant à la question de l'instrumentalisation du discours féministe par des politiques racistes et colonialistes.
Homonationalisme : contre la normalisation lgbt, de Jasbir K. Puar, Ed. Amsterdam, 256 pages, 13€.
B
D/De ton brûlant toucher crèvent mes peurs
Deux amoureuses : l'une s'appelle Soucieuse, l'autre, Frêle. Elles se désirent dès leur première rencontre sur le dancefloor, mais Soucieuse est en lutte avec son propre corps. Comment dépasser la barrière de la dysphorie, comment oser se laisser non pas seulement baiser, mais s'aimer dans la baise ? Comment s'ouvrir à soi autant qu'à l'autre ? Un adieu au chaos via l'écoute et le « care » mutuels ou comment deux femmes trans peuvent guérir leurs traumas par l'affection qu'elles se portent.
De ton brûlant toucher crèvent mes peurs, de Joanna Folivéli, Ed. Labris, 82 pages, 23€.
BD/Le Bonheur
Quand Jan, simple mortel tombe amoureux de Guerre, l'un des Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, on pourrait s'attendre au pire. Et pourtant... Dans un monde de désolation où toute trace de vie à disparu, prend forme la plus douce et paisible des histoires d'amour. Au cœur d'un univers aux limites inconnues, deux amants partent à la découverte de leur intimité naissante, comme une graine qu'on plante et qui s'épanouit loin du tumulte. De la destruction à la renaissance, l'amour vécu pleinement réhabilite tout et apaise pour l'éternité. Corentin Garrido nous a déjà montré sa virtuosité dans Astroboy (La 5e Couche) et Tout va bien (Fidèle). Avec le Bonheur, il nous fait découvrir des talents dignes d'un sculpteur de la renaissance... On pourrait presque toucher les corps de ses personnages tant la chair est incarnée ! Mais les références de ce récit fantastique sont bien contemporaines et se situent plus autour de la série Twilight ou de Colourful days de Gengoroh Tagame. À travers cette romance aussi belle qu'improbable, Corentin s'interroge sur la finalité d'une histoire d'amour, fut-elle douce et légère.
Que désirent Jan, l'humain, et Guerre, l'immortel ? Et nous, que cherchons-nous ? La réponse est peut-être dans le titre...
Le Bonheur, de Corentin Garrido, Ed. BD Coeur 203 pages, 16€.



